La sélection Livres D'anthony Clément 
Librairie "Caractères"  Mont de Marsan

Anthony Clément

Librairie Caractères
34, rue Frédéric Bastiat – 40000 Mont-de-Marsan
Tél. : 05 58 06 44 12
Fax : 05 53 06 93 48
Courriel : librairie.caracteres@gmail.com

 

Mai 2012 

                                    " LE DERNIER CONTINGENT" par ALAIN JULIEN RUDEFOUCAULD ( Tristram)

Six adolescents – Marco, Sylvie, Thierry, Xavier, Malid, Manon – jouent leur dernière carte en échappant, malgré eux, au monde des adultes, poussés hors des lois par un système qui les écrase. Six adolescents qui se retrouvent à la croisée des chemins – dans un foyer, dans une antichambre, sur une île au large de la Garonne. Il y a Manon, petite pute qui exerce dans un parking bordelais et fait des extras dans la bonne société le week-end. Manon, c’est la fille qui calcule. Un gang bang ça rapporte 2000, facile : 80 à l’avant, 150 à l’arrière, les pipes c’est 20… Pas de petites économies. Il y a Marco, qui trimbale ses deux mètres ; Malid, le garçon qui se prostitue ; Sylvie, qui a assisté au suicide de son père et échappé à une tournante… Bref, les six compagnons fuient, surtout le monde des adultes.

Le Dernier Contingent est un livre choral, où chacun s’exprime à la première personne et nous prend à témoin de sa chute. Six personnages en quête. Tous semblent habités par une même langue, comme s’il n’y avait qu’un seul personnage. Une langue qui jaillit, forte de sa verve, de sa violence, émaillée de références littéraires, en décalage avec la réalité de la rue, hors-temps aussi : le livre ne s’inscrit pas dans une époque précise. Comme si la fuite, la peur était un moment suspendu.

Telle la descente du client dans le parking, c’est en cercles concentriques que se déroule cette histoire, ce dernier contingent, cette guerre – Eden, Eden, Eden…, le livre de Pierre Guyotat sur la guerre d’Algérie, n’est pas cité par hasard. La dernière phrase ? « Et c’est dans l’antichambre de l’enfer que je parle… » Mais cela pourrait être la première – comme un éternel retour. Une lutte sans cesse en mouvement.                   Alexandre Mare

 

 

Avril 2012 

 DAVE EGGERS " Zeitoun" ( Editions GALLIMARD)

Originaire de Syrie, Abdulrahman Zeitoun est arrivé à La Nouvelle-Orléans dans les années 1990 et a épousé Kathy, une jeune Américaine convertie à l'islam. Il y a fondé une entreprise de bâtiment qui s'avérera très prospère. Ce récit relate l'expérience de cette famille lors du passage de l'ouragan Katrina durant l'été 2005. Malgré l'évacuation de la ville et la fuite de sa famille, Zeitoun décide de rester sur place pour surveiller sa maison et ses nombreux chantiers.

Sur un petit canoë, il explore la ville engloutie, vient en aide à des personnes prisonnières chez elles, contacte les secours, nourrit les chiens abandonnés. Sa femme, qui découvre à la télévision la violence et les pillages qui sévissent à La Nouvelle-Orléans, supplie Zeitoun de quitter la ville. Mais ce dernier se sent investi d'une mission et veut sauver le plus de gens possible. Un jour, il disparaît, laissant sans nouvelles sa famille qui l'imagine noyé ou victime de violence.

Zeitoun, accusé d'être un pilleur de rue, s'est fait arrêter par la Garde nationale. Alors que l'ouragan est passé, le cauchemar américain de Zeitoun ne fait que commencer… Zeitoun est une histoire vraie, le récit saisissant du courage et de l'humanité d'un homme confronté aux forces déchaînées de la nature, puis aux injustices d'une société violente qui n'a pas renoncé à ses réflexes carcéraux...   (www.decitre.fr)

 

Clin d'oeil :

Il y a quelques mois, nous avions eu la chance d'accueillir Vendela Vida pour son dernier roman "Se souvenir des jours heureux"
Vendela Vida est aussi la directrice de la revue The Believer, qu'elle a créée en 2003 avec son mari Dave Eggers et qui depuis nous ravit de ses articles, entretiens, curiosités littéraires, culturelles, entre autres, selon l'inspiration de ses brillants collaborateurs. Un événement donc aujourd'hui ; la première traduction en français d'un choix d'articles, dirigé par Dave Eggers et Nick Hornby. Il était temps. (BELIEVER - Editions Inculte)   (www.tropismes.be)

 

 

 Marie DESMARTIS

 "Une chasse au pouvoir. Chronique politique d’un village de France",

 (éditions Anacharsis, Les ethnographiques)

La propension de l’anthropologie à tordre le cou aux idées reçues ne sera pas encore démentie par ce livre. Déjouer systématiquement tous les lieux communs n’est pas un projet en soi mais la résultante de toute enquête anthropologique et montre les limites d’une « théorie » qui serait fabriquée en amont.

Non, la vie rurale n’est pas aussi paisible et harmonieuse qu’on se plaît à l’imaginer. Marie Desmartis a enquêté de 2001 à 2006 dans une petite commune du sud-Gironde. C’est suite à des élections municipales « houleuses » suivies d’actes violents (incendies, menaces) qu’elle a choisi cette commune comme terrain de thèse. Elle décida alors de travailler sur le conflit politique. Une maire élue contre son gré, « un clan des chasseurs » qui manifeste son hostilité, des « hippies » arrivés dans les années 70, des néo-ruraux installés récemment… Tels vont être les acteurs aux intérêts antagonistes qui interagissent dans le théâtre qu’elle va découvrir.

Reprenant les catégories de désignation indigènes, elle va s’appliquer à décortiquer les relations et les compositions de ces divers acteurs dans le quotidien du village.

Dans les passages les plus convaincants du livre, elle évoque des situations auxquelles elle assiste pour analyser finement les interactions et ce qui se joue en réalité. Le processus d’enquête étant un instrument de connaissance essentiel, elle nous entraîne dans son sillage pour découvrir les mécanismes de pouvoir en jeu et l’exercice de celui-ci.

( Colette Milhé - http://antropologiabordeaux.wordpress.com)

 

 

Mars 2012 

                          BARRY MILES - Beat Hotel (Editions Le mot et le reste)

 L’exemple d’un lieu, improbable, et précisément du Beat Hotel. Aujourd’hui disparu et ressuscité par Barry Miles en 2000 et magnifiquement traduit et édité en Français en 2011.

 Pourquoi cet hôtel précis ? Madame Rachou, Why not ? Incertain et évident, délabré et pas cher, ce lieu de non culte n’est insolite que pour les nostalgiques. C’est le Paris misérable et vivant des années 50 (10.000 personnes se réchauffent aux bouches des égouts – Ont-ils entendu le cri de l’Abbé Pierre ?). C’est l’ambiance de certains films de Cassavetes. C’est aussi le Paris de Papon et des Arabes tabassés et jetés dans la Seine. On aurait préféré le Paris de Pascal.

 Madame Rachou, tenancière peu regardante de l’Hôtel du Vieux Paris, 9 rue Gît-le-Cœur, 42 chambres sans confort, accueillera sans le savoir la Beat Generation.

Corso débarque le premier. Il côtoie de très près Genet. Picasso le fera virer d’une exposition à Nice par ses gardes du corps. Gentil Picasso. Corso a étudié de 16 à 18 ans dans une prison américaine : il y aura lu le dictionnaire.

Ginsberg le rejoint. Censuré pour obscénité, il imagine Paris libéré. Il poursuivra sa quête vers l’Orient et les amphétamines.

 

AIE WEIWEI " Entrelacs" (Editions du Jeu de Paume)

Au début des années 1980, Ai Weiwei (Pékin, 1957) choisit New York comme terrain d’expression, y photographiant quotidiennement le monde qui l’entoure. Il poursuit cette pratique à Pékin, où il revient en 1993, montrant les multiples aspects de la réalité urbaine et sociale de la Chine. Ses photographies témoignent du capitalisme anarchique qui se développe dans son pays et des contradictions de la modernité. Tout à la fois architecte, sculpteur, photographe, blogueur et adepte des nouveaux médias, Ai Weiwei devient rapidement l’un des artistes majeurs de la scène artistique indépendante chinoise, produisant une œuvre prolifique, iconoclaste et provocatrice.

 Ai Weiwei est un artiste généraliste et un critique social qui a entrepris de faire bouger la réalité et de contribuer à la façonner. C’est un observateur perspicace des enjeux et des problèmes sociétaux d’aujourd’hui, un grand partisan de la communication et des réseaux, et un artiste qui sait introduire de la vie dans l’art et de l’art dans la vie. Il aborde de front la question des conditions sociales en Chine et dans d’autres pays en livrant son témoignage sur les bouleversements que subit Pékin au nom du progrès, en adoptant dans ses Études de perspective une attitude irrespectueuse à l’égard des valeurs établies ou en rompant avec le passé dans des oeuvres composées de vieux meubles trouvés. L’idée qui le guide reste la même : libérer les potentiels dans le présent et pour l’avenir, affirmer ses positions grâce aux dizaines de milliers de photos et de textes diffusés sur son blog ou par le biais de Twitter.

Février 2012 

                                                                            « NUIT »

                                                                     d’Edgar Hilsenrath

Raconter. Après la Shoah, ce simple mot devint essentiel, et témoigner fut la première forme de lutte contre l’oubli : témoigner comme ils furent assassinés, témoigner comment les bourreaux brisèrent leur humanité.

 Les récits se multiplièrent. Puis le temps passa et l’Histoire retint la gémellité bourreaux-victimes : les nazis avaient commis un génocide durant lequel six millions d’être humains avaient péri. Ce symbole fit l’objet de créations artistiques donnant lieu à des morceaux de bravoure, de sensiblerie, ou d’humanité malgré l’horreur l’ambiante. Le violon d’Itzhak Perlman de La Liste de Schindler est ainsi entré dans l’inconscient collectif comme la bande-originale de la Shoah. Sans doute l’archet élégant jouant dans notre imagination déraperait-il en une série de fausses notes à la lecture du roman « Nuit » d’Edgar Hilsenrath.

 Au contraire de la plupart des témoins écrivains, Hilsenrath a fait le pari de raconter en menant une constante recherche littéraire dans ses œuvres : rabelaisiennes, farces crues et cruelles, sulfureuses en un mot quand on doit les associer à la Shoah. Les éditions Attila ont depuis peu commencé la publication de ces textes, et l’on attendait depuis longtemps la traduction de Nacht lorsque le cultissime et grinçant Fuck America sortit, suivi par le loufoque Le Nazi et le barbier.

 C’est un drôle de petit bonhomme de 85 ans que cet Edgar Hilsenrath, clochard céleste à la Bukowski, l’alcool en moins et l’œil pétillant en plus. Vocation précoce d’écrivain mais reconnaissance tardive ; une vie d’errance, d’Allemagne en Roumanie jusqu’en Ukraine durant la seconde guerre mondiale, puis Israël et les Etats-Unis avec la solitude décrite dans Fuck America, et enfin, le retour en Allemagne. Malgré ses pérégrinations, il a conservé  son air malicieux, même lorsqu’en entretien il évoque ses souvenirs. Il est à l’image de son écriture : distancié du simple témoignage, maîtrisé, audacieux.                                  Jonathan Aleksandrowicz ( www.jewpop.com)

Janvier 2012 

BENNY BARBASH

 " Monsieur Sapiro " (Editions ZULMA)

N’avez-vous jamais rêvé d’être quelqu’un d’autre ? De pouvoir changer de vie, de regarder dans le miroir, et d’y voir quelqu’un d’autre ?

Tout au long du roman, au fil des dédoublements et des jeux de miroir, le lecteur observe Miki se regarder, dans une étonnante mise en abîme et s’imaginer autre. Toute l’histoire se tient dans ces quelques secondes d’hésitation, pendant lesquelles l’imagination s’emballe et où l’on se prend à rêver. Roman déroutant, et vertigineux, Monsieur Sapiro offre également le constat pessimisme d’une vie qui s’est égarée, au fil des années, d’un amour émoussé par les décennies de vie commune et les frustrations, d’un couple qui se demande comment ils en sont arrivés là. C’est toute l’intériorité de Miki qui se dévoile sans pudeur au lecteur. L’on découvre au hasard des pages le quotidien d’un couple israélien à la dérive. C’est un grand moment de lecture que nous offre Benny Barbash, grâce à ce héros, qui n’en est pas un, et qui est, au fond, comme tout le monde.
Emily Vaquié (www.lacauselitteraire.fr)

 

                                                              MARK MORRISROE

                                                 (JRP-Ringier éditions/ Les Presses du Réel)

 Le travail du photographe américain Mark Morrisroe (1959-1989) a souvent été comparé à celui de ses célèbres confrères de Boston Nan Goldin et David Armstrong. Décédé du Sida à l'âge de seulement 30 ans à New York (où il s'était installé depuis le milieu des années 1980), il a développé au cours d'une période de créativité aussi intense que brève une œuvre d'une grande diversité, empreinte d'une esthétique très singulière. Il a de plus, avec la réalisation de trois films en super 8, fait une incursion notable dans le domaine du cinéma expérimental. Comme Goldin et Armstrong, Morrisroe a documenté le style de vie d'un cercle d'amis inspiré par la culture punk et le nomadisme, réalisant des portraits et des nus, utilisant aussi le Polaroid comme reflet du déclin de son propre corps malade. Durant les trois dernières années de sa vie, Morrisroe a multiplié les expérimentations techniques, mêlant pages de magazines pornographiques et négatifs d'images aux rayons X de lui-même.
( www.revuegruppen.com)