Samedi dernier à midi, l’historique droguerie dominant la Place Pancaut a fermé définitivement ses portes.
Les tintements désuets en quasi continu depuisi l’annonce de la fermeture de la sonnette à l’entrée se sont peu à peu espacés. » C’était la même depuis le début, des gens disaient même « On va chez Ding Dong », sourit celui qui depuis 1980 aura été à la tête l’un des plus emblématiques commerces de la ville, ouvert par son père depuis trois décennies plus tôt.
Jusqu’à l’inexorable fin, Philippe Chabaud aura délivré de précieuses recommandations aux derniers clients venus profiter des rares produits encore exposés en rayon. « C’est ce que les gens venaient chercher en premier lieu : la qualité et le conseil. »
L’heure de la retraite est venue pour son gérant qui aura été à la tête durant 46 ans de l’entreprise familiale, sans repreneur officiellement à ce jour. Une page de sa vie se tourne, un chapitre du livre du commerce montois se referme.
« Ce n’était plus possible, concède t’il, fataliste. La crise économique, la baisse du pouvoir d’achat, internet : c’est devenu compliqué de consommer en ville, les gens venaient moins. « Philippe Chabaud se souvient des glorieuses années et des files d’attente, quand son commerce était aussi un authentique lieu de vie : « Certains venaient souvent sans rien acheter, seulement pour discuter. »
Ces dernières semaines, le magasin n’aura pas désempli, entre les clients venus profiter des ventes à prix cassés et celles et ceux souhaitant saluer une dernière fois le commerçant, des « au revoir » parfois émouvants : « J’en ai vu pleurer » confie t’il. Comme si le magasin emportait avec lui une partie de leur vie. « J’ai même eu droit à la visite de l’ouvrier de l’entreprise Bernadet qui en 1979 a posé le grand escalier »
La droguerie Chabaud, l’entreprise d’une vie. Quelle aurait été la sienne sans le magasin ? « Franchement je n’en ai aucune idée. Je suis tombé dedans avec mon père.Il voulait vendre l’immeuble en 1995, et j’ai réussi à tenir jusqu’à aujourd’hui. »
Et demain? « Je n’ai pas eu le temps d’y réfléchir. On me dit « Toi à la retraite tu vas t’ennuyer ». Je ne pense pas. Je vais pouvoir aller à la pêche en mer ou en lac, profiter du temps qui me reste. On dit la santé avant tout et c’est vrai. »
Le temps est désormais venu pour lui de ranger son indissociable blouse au placard et d’embrasser des jours nouveaux.






