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Les Landes et Du Ciel #06 (Saison 03) – Les Femmes Dans L’Astronomie

En France, les femmes astronomes sont victimes d’inégalités pour l’accès à des postes permanents. « J’ai fait face à de nombreuses réactions de repli. Mais il faut souligner aussi que beaucoup de gens, notamment parmi les jeunes et les étrangers, ont réagi avec bienveillance et intérêt », ajoute-t-il.

Sous l’égide de la SF2A, le chercheur a interrogé les jeunes scientifiques ayant obtenu un doctorat en astronomie entre 2007 et 2017. Ses questions portaient notamment sur : leur cursus prédoctorat, leur statut professionnel actuel, leurs tentatives fructueuses ou non d’obtenir un poste permanent, et la perception qu’ils avaient de leur carrière.

Le taux d’admission à un poste fixe varie considérablement en fonction de deux paramètres, imbriqués l’un dans l’autre : le cursus académique et le genre. Les candidat.es issu.es des grandes écoles, type École normale supérieure ou Polytechnique, ont trois fois plus de chances d’obtenir un poste permanent en astronomie que ceux issus d’une formation universitaire.

De plus, parmi les diplômés des grandes écoles, les hommes ont deux fois plus de chances d’être recrutés à ces mêmes postes que les femmes. « Bref, en France, quand on est une femme issue d’une formation universitaire, on a 4 à 5 fois moins de chance (7 % versus 31 %) d’être reçue à l’ensemble des concours pour devenir astronome que si l’on est un homme diplômé d’une grande école », résume Olivier Berné.

Seulement 22 % des postes permanents en France

C’est via cette section que sont recrutés la très grande majorité des astrophysiciens affiliés CNRS. En France, deux autres instances nationales recrutent des astrophysien.nes à des postes permanents : le Conseil national des astronomes et physiciens (CNAP) et l’université, via la section Astrophysique du Conseil national des universités (CNU). Aujourd’hui en France, les femmes n’occupent que 22 % des postes permanents attribués par ces trois instances.

Pourquoi ? L’autocensure de nombreuses femmes est souvent invoquée par ceux que nous avons interrogés. « Cela tient au fait qu’en général, les femmes ont moins d’ego que les hommes, sont moins douées pour la prise de parole en public, sont moins attirées par le “leadership”, ont moins confiance en elles et ce, à partir de la puberté, estime Édith Falgarone, physicienne à l’ENS et membre de la collaboration Planck.

« Les collègues femmes complexe d’illégitimité, imposé par la société, et de fait, ont tendance à moins se mettre en avant.

On l’observe sur les demandes de primes et d’encadrement doctoral, pour lesquels il y a un rapport de 1 à 15 entre les femmes et les hommes ! », ajoute Benoît Mosser.

« Le mot autocensure n’est peut-être pas le bon, mais ce sont là des réflexes pris dès l’enfance depuis des générations, des constructions sociales que l’on a du mal à faire évoluer », estime pour sa part Thérèse Encrenaz, astronome à l’observatoire de Paris (dont elle a été vice-présidente).

Et puis il y a une autre raison forte qui explique le plafond de verre auquel les femmes sont souvent confrontées : il est très difficile pour elles de concilier carrière et maternité. »

La famille au détriment de la carrière

La maternité et la charge de famille, des données qu’Olivier Berné et Alexia Hilaire n’ont pas manqué de regarder à la loupe.

L’une des questions posées par leur sondage était en effet :  « Considérez-vous qu’avoir des enfants constitue un frein à votre carrière ? » Bien plus de femmes que d’hommes ont répondu : « Oui, probablement / certainement ». Un sentiment corrélé aux faits : parmi les docteurs qui ont répondu, 27,3 % des hommes avaient des enfants, contre 15,6 % des femmes. Faut-il en déduire que les femmes qui entament une carrière en astronomie le font au détriment de la maternité ?

« Le parcours pour devenir astronome est très long ! » rappelle Isabelle Ristorcelli, de l’IRAP, qui étudie les premières phases de la formation des étoiles avec le satellite Planck. « Il faut d’abord obtenir un doctorat après de nombreuses années d’études, puis passer plusieurs années de postdoctorat à l’étranger, pile au moment, entre 30 et 35 ans, où beaucoup de femmes voudraient devenir mères », indique la chercheuse. « Autrefois, on entrait au CNRS juste après la thèse, se souvient Thérèse Encrenaz. Maintenant, c’est plusieurs années après, ça tue tout projet familial. »

Et pour celles qui ont obtenu un poste en étant mère, le conflit se poursuit bien après la grossesse et le congé maternité dans la mesure où se sont majoritairement les femmes qui assument les tâches familiales liées aux enfants, et où une carrière d’astronome demande de faire des sacrifices sur la vie privée.